A propos

Hybridations

Au commencement, il y a la pierre. Rien que la pierre. Nue, froide et primordiale. D’abord la nécessité, puis le plaisir de la travailler. Dès l’aube de l’Humanité, l’Homme a toujours taillé, griffé, scarifié, et enfin sculpté la roche brute, pour la polir, s’en servir, et la magnifier. De l’outil à l’art il n’y a qu’un pas, et si l’héritage de l’ère paléolithique nous est miraculeusement parvenu, c’est dans l’atelier de Véronique Magnin qu’on y trouvera, à plus d’un titre, quelques résonances de ces temps immémoriaux. Dans son atelier-grotte, une lointaine cousine de la Vénus de Willendorff, féconde déesse de l’âge pariétal, côtoie les représentations perturbantes d’animaux monstrueux issus d’un bestiaire roman.
La statuaire inquiétante, et souvent dérangeante, de Véronique Magnin semble sortir tout droit des cauchemars de l’enfance où seule la «figure» du Cheval, totem apaisant, rassure et console des terreurs de la nuit. Univers effrayant, mais ô combien fascinant, ses hybridations Homme-Animal doivent beaucoup au mouvement des peintres Symbolistes du XIXe siècle. Dans cet atelier le dessin et la peinture n’ont qu’une fonction; celle d’un travail préparatoire à la sculpture où le croquis n’est que l’ébauche d’une pièce en devenir. Véronique Magnin nous donne à voir en trois dimensions, ce dont nous n’osons pas nous souvenir; nos cauchemars.

Dominique Denuault

%d blogueurs aiment cette page :